Mais au Théâtre d’Astromela il y a un vrai travail de discussion et de partage avant que ne commencent les répétitions. Dominique rassemble la troupe autour d’une table, le texte est lu en commun et les échanges se font naturellement. Tout le monde se sent impliqué dans la création car chacun apporte sa contribution, de plus, les comédiens n’attendent pas les applaudissements en fin de représentation pour se sentir valorisés.
A partir de là, même si Oscar est une des références du théâtre de boulevard je savais que Astromela produirait une version qui serait à des millions d’année lumière de ce que le commun des mortels peut en connaître.
Est-ce de la création musicale pure... un mélange ?
Les musiques pour Astromela sont jusqu’à présent des créations, c’est ce qui justifie ma présence quasi permanente au sein de la troupe. L’intérêt est de faire du sur-mesure pour la troupe. Vous savez, lorsque vous fréquentez l’équipage du vaisseau Astromela il y a vraiment matière à créer.
D’autre part, ça fait plus d’un demi-siècle qu’il rentre toutes sortes de musiques dans ma tête et il fallait bien que ça sorte d’une
5façon ou d’une autre, c’est là qu’on peut parler de mélange. Alors à la question : création pure ou mélange, je dirais qu’il s’agit plutôt d’un mélange créatif. Vous remarquerez que j’aurai pu me laisser aller à la facilité d’une création purement mélangée. Mais non ! (sourire en coin).Plus sérieusement, je suis persuadé qu’il faut surprendre le public pour éviter qu’il ne s’ennuie. Pour ça je n’hésite pas à mélanger des styles de musique très différents ou à utiliser un sitar indien sur une grille de blues.
Avez-vous le fil conducteur pour cette création ? Comment vous est-il venu ?
Le fil conducteur s’est imposé de lui-même avec le personnage de Madame Barnier et sa dévotion exacerbée. Sans trop vous révéler l’histoire, Madame Barnier s’est réfugiée dans une pseudo religion plus ou moins fondée sur l’Hindouïsme. Le style Bollywood est apparu comme une évidence.
Comme je n’avais aucune connaissance en la matière j’ai visionné une dizaine de films produits dans les studios de Bombay, j’ai écouté pendant des heures, des musiques traditionnelles indiennes ainsi que des créations plus actuelles dans le but de restituer cette multitude de couleurs. Maintenant j’ai changé mon jugement sur ce style de cinéma. Quand j’écoute de la musique de film Bollywood, je vois les couleurs vives des costumes.
Est-ce que le résultat sera au rendez-vous ? Il faudra attendre de voir cette version d’Oscar pour en juger.
Nous avons pu participer à un filage et avec ma consœur nous vous avons vu sourire et même rire à certains moments, aviez-vous des images plein la tête qui vous conduisent à penser musique ?
Bien sûr, c’est évident. La trame de cette pièce ne laisse aucun répit, ni au public, ni aux comédiens. Quand j’assiste aux répétitions, je note tout ce que me suggèrent les comédiens dans l’action et ces quelques notes sous forme d’abréviations et de mots se transforment parfois en notes pour mélodies.
Oscar est une pièce que l'on peut qualifier d’emblématique du théâtre de boulevard, n'avez-vous pas des souvenirs qui s’immiscent dans votre esprit ? Abordez-vous cette nouvelle adaptation avec une oreille et un oeil nouveaux ?
Comme beaucoup de personnes de ma génération, j’ai vu la pièce filmée pour la télévision quand j’étais gamin et aussi la version cinématographique, alors les souvenirs se sont abattus sur moi, tels une nuée de Lucillia Caesar qui ont vu une colline de guano dès que Dominique Berardi ma dit qu’elle souhaitait monter cette nouvelle version d’Oscar.
Au départ, je craignais que l’empreinte de Louis de Funès dans la version initiale n’influence les comédiens et les bride, mais ces derniers ont accaparé le texte dans sa nouvelle mouture si riche en nouveauté que je me suis senti rapidement confiant pour la suite. Pour finir de répondre à votre question, lorsque vous comparerez les musiques composées en 2009 pour “Albert Einstein contre Frankenstein” et “Solitude du mangeur d’homme” avec ce qui bout dans la marmite pour “Oscar”, vous aurez votre réponse.
Je vous donne juste une petite indication : je suis trop curieux de nouveautés pour exploiter deux fois le même filon.
Sans nous dévoiler le fruit de votre travail, quelle est votre source d’inspiration ? Comment allez-vous passer à cette nouvelle création ?
Il y a tout d’abord le travail de fond sur le texte avec le reste de la troupe comme je vous l’ai expliqué. Je suis à l’écoute de ce que peuvent ressentir les comédiens et je note leur suggestion quant aux styles de musique que leur suggèrent certains passages, ou les musiques qu’ils aiment écouter tout simplement.
Je lis aussi la pièce complètement une douzaine de fois. Ce travail est fait en début de création. Ensuite je me suis documenté sur le style Bollywood dont j’ignorais tout et sur son cinéma sur lequel j’avais un à priori très négatif. Pendant toute cette période de deux à trois mois environ, je ne compose rien de définitif. Que des “brouillons” de quelques mesures qui me servent de test ou de pense-bête. Quand je sens que c’est mûr, je m’enferme dans mon studio !
C’est ma façon de travailler, ce n’est pas forcément la meilleure mais elle me convient.
Propos recueillis par : MJ & MJ